Wednesday, 08. February 2012
Brèves
Entretien avec David Nkoto Emane, DG de Camtel
Thursday, 18 February 2010 07:18
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Les TIC comportent plusieurs composantes interdependantes qui font qu'il serait illusoire pour l'une d'elle d'évoluer en vase clos.
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D.Nkoto Emane
Monsieur le Directeur Général, que représente pour vous le paysage des Tic au Cameroun?
L'essor des Tic au Cameroun a connu un boom considérable ces dix dernières années. Et ce développement sans précédent concerne l'ensemble des applications de ce domaine technologique. Il faut dire que l'impulsion donnée par le Président de la République, qui s'est personnellement impliqué dans le déploiement des Tic dans notre pays, aura été un facteur décisif pour l'émergence d'un potentiel dense et riche autour des technologies de l'information et de la communication. Le champ économique qui s'en est d'ailleurs constitué est l'un des plus florissants de notre pays. Le marché des Tic au Cameroun représente un chiffre d'affaires de près d'un millier de milliards en constante progression. Et dire que nous sommes encore à une phase de construction et de mise en place des éléments fondamentaux liés à cette économie, me rassure sur la prospérité qui nous y attend. C'est aujourd'hui banal de rencontrer dans notre environnement des personnes de tout âge avec un laptop ou un téléphone ; se connecter à l'Internet n'est plus aussi réservé qu'il l'était à une certaine époque.

Votre entreprise opère dans les domaines de la téléphonie, des télécommunications, etc.Malgré l'annonce à grande pompe de la fibre optique, il est encore difficile de joindre son correspondant au Cameroun à partir de l'extérieur ou même à l'intérieur du pays que ce soit au sein du réseau Camtel ou chez les autres opérateurs de la téléphonie (mobile). Comment pouvez-vous justifier cela ?

Il est important de savoir que la fibre optique est un câble constitué de brins en structure de verre. Ce support est utilisé dans les transmissions et son efficacité est due au fait qu'il transporte les signaux sous la forme de faisceaux lumineux à des débits encore inégalés jusqu'ici dans les transmissions. C'est donc vous dire que l'avènement de la fibre optique dans notre pays est un pas de géant qui nous inscrit parmi les majors du secteur en Afrique et dans le monde. Pour ce qui est du réseau national, il faut également reconnaître que toutes les localités du pays ne sont pas encore raccordées à la fibre optique. A l'heure actuelle, seules les localités situées sur les axes Douala-Edéa-Kribi-Yaoundé-Obala-Bélabo et Yaoundé-Bafia-Bafoussam bénéficient déjà de cette technologie. J'aimerais préciser
que les travaux en vue de la couverture d'autres localités sont en cours ou vont bientôt démarrer soit par nos réalisations propres, soit à travers l'accord de prêt récemment conclu entre notre pays et EximBank China. Quant au réseau international, le Cameroun, à travers la station de câble à fibre optique sous-marin SAT3 installé à Douala, est largement desservi. Les capacités de transmissions dont nous disposons sur ce câble sous-marin sont au-dessus des besoins nationaux car elles serviront à connecter les pays voisins qui n'ont pas un accès direct à ce réseau. C'est pour cela que je peux vous confirmer que dans les prochaines années, notre pays ne connaîtra plus le type de désagréments auquel vous faites allusion. Nous aurons terminé la construction en cours d'un réseau national de transmission à haut débit par la fibre optique qui reliera les chefs-lieux de département aux chefs-lieux de régions et tous les chefs-lieux de régions entre eux. Ce qui veut dire que les chefs-lieux de régions seront directement connectés au câble sous-marin SAT3 ainsi qu'aux autres en cours de réalisation ou d'études.
La fibre optique a été annoncée comme élément facilitateur des communications à longue distance, pourquoi le Cameroun connaît-il encore des problèmes divers dans ce secteur ?

La fibre joue effectivement ce rôle. Et pour exploiter la fibre optique dans tout son potentiel, il faut d'abord pouvoir la déployer dans votre rayon d'action et cela demande d'importants moyens financiers. Camtel a reçu de l'Etat, à sa création en 1998, la mission de développer les infrastructures de télécommunications au Cameroun. C'est donc fort de cette prescription que nous avons consenti des investissements conséquents qui nous ont permis, d'abord de parer au plus pressé, notamment avec la souscription du Cameroun au Câble international sous-marin Sat3 et la construction des liaisons Douala-Edéa-Kribi-Yaoundé, et ensuite d'envisager avec sérénité la connexion totale du pays en fibre optique. C'est ainsi que les axes Yaoundé-Bafia-Bangangté-Bafoussam (déjà en service), Yaoundé-Mbalm a y o - E b o l o w a - S a n g m e l i m a , Douala-Nkongsamba-Bafoussam (en cours de construction) ont déjà migré ou vont bientôt le faire vers la solution en fibre optique. Et, comme je viens de le dire, le Gouvernement vient de signer un accord de prêt avec la Chine pour le financement de la construction de l'infrastructure nationale de transport multiservices à haut débit dont Camtel est maître d'ouvrage. Les travaux y relatifs vont s'achever aux aurores de février 2010 et cette infrastructure va sensiblement densifier les capacités de l'offre de services de télécommunications aux plans de la qualité et de la
quantité. Avec ce projet, il s'agira de constituer un véritable réseau intégré de très grande capacité, capable de transporter et de fournir la voix, les données et le multimédia, disponible en temps réel sur toute l'étendue du territoire national. C'est ce que nous appelons le backbone national de transmissions. Par ailleurs, l'administration camerounaise expérimente déjà les avantages de ce support puisqu'il sert à l'interconnexion des services de l'Etat dans le cadredu Sigipes.

Vous êtes Ingénieur informaticien et quand on sait que l'informatique est à la base du développement fulgurant des Tic aujourd'hui, ne pensez-vous pas qu'une coordination des efforts Cenadi, Camtel, Antic, etc., puisse apporter des solutions appropriées pour pallier ce retard?

Les Tic comportent en effet plusieurs composantes interdépendantes qui font qu'il serait illusoire pour l'une d'elles d'évoluer en vase clos. A Camtel nous expérimentons au quotidien cette nécessité d'intégration systémique de notre développement technologique. Vous allez ainsi constater que tout notre environnement technicoprofessionnel est essentiellement bâti autour des Tic. Et je suis parfaitement en accord avec la vision selon laquelle le développement des Tic dans notre pays passe d'abord par l'intégration des contributions de toutes les parties prenantes. Nos organisations respectives, que ce soit le Cenadi, l'Antic, Camtel et tous les autres opérateurs du secteur, sont des moteurs importants pour l'essor des Tic au Cameroun. A cet effet, Camtel, en tant qu'extension de l'Etat pour le développement des télécommunications modernes au Cameroun, reste très attentive à toutes les volontés et toutes les aspirations qui vont dans ce sens. Et, devrais-je d'ailleurs vous rappeler que le projet Sigipes d'interconnexion de l'administration de notre pays, que Camtel a mis en œuvre, s'est opéré avec la très importante contribution du Cenadi. Vous voyez que nous évoluons bien dans le sens de cette coordination entre nos différentes structures.

Comment se porte le CTPhone, Monsieur le Directeur Général ?

Nous sommes satisfaits du comportement de ce produit sur le marché. Lorsque nous lancions le CTPhone en 2005, notre objectif était de mettre à la disposition des populations camerounaises des moyens modernes de télécommunications. Le CTPhone est donc une option très avancée en matière de téléphonie et de multimédia au Cameroun. Cette offre apparaît comme un véritable concentré des différentes applications des Tic. Aujourd'hui, des indicateurs montrent que les utilisateurs semblent enchantés par notre offre parce qu'elle leur permet de minimiser les coûts des communications tout en ayant la capacité d'accéder à l'internet de la façon la plus simple possible. Il est désormais question pour Camtel de densifier cette emprise par l'élargissement de son réseau et le développement d'autres services à valeur ajoutée plus attrayants encore. Et nous comptons aller plus loin.

Il est souvent reproché à la société Camtel de ne pas être prompte à réagir au sujet des abonnements sur le téléphone fixe, comment entendez-vous pallier ce manquement qui doit certainement faire beaucoup de mal à votre entreprise ?

Le téléphone fixe est notre offre traditionnelle. La renommée de Camtel s'est construite autour de ce service que nous avons d'ailleurs l'obligation et l'intérêt de maintenir en parfaite santé. C'est pour cela que dès que nous avons eu des possibilités financières, nous nous sommes lancés dans la modernisation de nos centraux téléphoniques qui ont ainsi été entièrement numérisés sur l'ensemble du territoire national. Cette numérisation de nos infrastructures permet aujourd'hui d'offrir aux abonnés du téléphone fixe des services complémentaires qui, à l'instar de l'Internet haut débit (ADSL), accroissent la valeur de cette
offre. Et parallèlement à cette reconfiguration technique, Camtel a entrepris d'alléger les conditions d'abonnement au téléphone fixe pour rendre ce support de communication plus accessible encore à l'ensemble de la population ainsi qu'aux entreprises. C'est ça la réalité aujourd'hui à Camtel. Si vous allez aujourd'hui dans l'une de nos agences, votre demande d'abonnement sera traitée avec diligence pour vous offrir le téléphone et tous son package de services à valeur ajoutée. Toutefois, me plaît-il également de relever, nos câbles de cuivre, qui permettent de relier nos installations aux abonnés, sont l'objet d'actes
de vandalisme grave de la part d'individus malveillants et sans scrupules. C'est ainsi que des ménages et des entreprises que nous avions pourtant pourvus en téléphones se retrouvent coupés de leurs lignes. Dans toutes les régions du pays, nous vivons malheureusement ce sinistre qui impose des désagréments inestimables aux abonnés et crée chez Camtel un préjudice économique considérable. J'en appelle donc au civisme de nos concitoyens et à la vigilance des forces de sécurité pour tenter d'enrayer ces sabotages. Car, comme vous devez le savoir, le téléphone fixe est un patrimoine de l'Etat.

Il est aussi souvent reproché à votre entreprise de ne pas déposer les factures à temps alors qu'il s'agit d'une opération devant permettre à Camtel de collecter des recettes. Que répondez-vous à cette allégation ?

La gestion de nos factures reste le point névralgique de notre entreprise. Nous sommes bien conscients des enjeux économiques qui reposent non seulement sur la distribution, mais également sur le recouvrement de nos factures. Notre entreprise représente des centaines de milliards d'investissements qui nécessitent d'être rentabilisés. Vous comprenez donc que nous ne saurions négliger cette activité de distribution. D'ailleurs il me plaît de vous rappeler que celle-ci est directement gérée par Camtel avec l'appui de jeunes saisonniers qui, eux, ont la charge de vous apporter votre facture à votre adresse. Et généralement, cette distribution dure 3 jours après la production des factures. On pourrait penser que ce système de distribution soit perfectible pour en améliorer le rendement. Toute une réflexion est actuellement en cours pour étudier les contours liés à cette problématique. Nous sommes d'ailleurs à l'étude d'un système de diffusion de nos factures sur Internet.Parce que s'il est avéré que nous fournissons des services optimisés, il serait tout à fait conséquent que le retour sur investissement suive pour nous permettre d'aller encore plus loin. Toutefois nos clients doivent savoir qu'au terme de leur mensualité de consommation ils peuvent toujours se rendre dans l'une de nos agences pour y consulter l'état de leur facture et pouvoir la régler directement.

Croyez-vous véritablement en l'avenir de la Cameroon Telecommunications ?

Comment pourrait-il en être autrement ? Je viens de vous informer de certaines des actions que nous menons. Celles que j'ai citées ne constituent qu'une partie de nos activités, il y en a bien d'autres que je ne peux pas évoquer ici ou tout au moins pour le moment. Pensez-vous que j'eusse entrepris toutes ces actions si je ne croyais pas en l'avenir de la Camtel? Il faut savoir que Camtel est l'opérateur historique des télécommunications au Cameroun. A ce titre, elle est chargée de développer le réseau national des télécommunications afin d'offrir entre autres :

  • aux autres opérateurs de télécommunications, les capacités de transmission permettant le déploiement de leurs réseaux ainsi que leur interconnexion ;
  • aux zones urbaines et rurales, des moyens d'accès aux TIC suivant la politique dugouvernement dans ce secteur ;
  • au Cameroun, de réaliser un backbone national de transmissions intégrant tous les services des TIC en vue de combler ce que l'on appelle désormais le fossé numérique ;
  • aux pays de la sous-région, un accès aux câbles sous-marins à fibres optiques suivant l'engagement pris par les Chefs d'Etat de la Cemac dans la déclaration de Ndjamena du 25 avril 2007. Ceci vaudra à notre pays de devenir le Hub ou pôle des télécommunications dans notre sous-région. Vous pouvez ainsi constater avec moi que l'avenir de Camtel ne peut être remis en question quel que soit le côté dont on le regarde.

Que pensez-vous du Cenadi?
Le Centre National de Développement Informatique est un acteur majeur dans le processus d'informatisation et de mise en œuvre de la société de l'information au Cameroun. Cette structure est l'avant-garde du déploiement des Tic dans l'administration de notre pays. C'est donc vous dire la mission stratégique et hautement régalienne dont cet organisme est investi pour impulser le déploiement de l'informatique dans toutes ses déclinaisons. Le Cenadi doit continuer d'être un pôle d'excellence pour notre pays dans la maîtrise et le développement des schémas directeurs des systèmes d'information et des applications Tic dont l'innovation va galopante et l'impact socio-économique indéniable.

En supposant que vous êtes au courant de la dynamique en cours actuellement au Cenadi dont l'objectif vise à repositionner cette structure dans le paysage des Tic au Cameroun, quel commentaire?

Cela ne me surprend guère connaissant la place importante que le Chef de l'Etat réserve aux Tic dans l'agenda des Grandes Ambitions qu'il nourrit pour notre pays. Et je crois que le Cenadi est bien parti pour contribuer au développement harmonieux et harmonisé des Tic au Cameroun. Monsieur Laurent Onguene Awana, le Directeur du Cenadi, est un passionné des Tic, qui sait bien de quoi il est question quand on évoque les problématiques liées au développement de l'informatique dans notre contexte.


 
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